Au cœur de la Sierra de Guara, Gorgas Negras incarne tout ce qui fait la grandeur du canyoning : des gorges sauvages, des falaises gigantesques, une succession de vasques cristallines et une progression aquatique qui semble ne jamais finir. Long, physique et spectaculaire, ce canyon légendaire offre une aventure hors norme dans l’un des plus beaux décors naturels d’Aragon.
En fin de journée, je prends la route de l’Aragon. Entre Saint-Lary et le tunnel d’Aragnouet-Bielsa, un violent orage accompagne mon voyage. À la sortie du tunnel, côté espagnol, le ciel se dégage et les montagnes du Sobrarbe retrouvent leur lumière si particulière.
Cette route, je l’ai parcourue des dizaines de fois pour rejoindre la Sierra de Guara, ses canyons, ses villages oubliés et l’auberge de Pierre et Marjorie. C’est aussi sur ces montagnes que j’ai eu le plaisir d’encadrer de nombreux groupes de randonnée. Revenir ici aujourd’hui, c’est retrouver une part de mon histoire
Chez Pierre et Marjorie, l’accueil est toujours aussi chaleureux. Autour d’un apéritif puis d’une joue de porc, qui me rappelle notre traversée des Pyrénées en VTT, les souvenirs ressurgissent naturellement.
Le lendemain, nous rejoignons Nasarre en jeep grâce à l’autorisation dont dispose Pierre. Les ruines du vieux village apparaissent enfin. La première fois que je suis venu ici, c’était en 2007. Nous étions cinq : Pierre, Marjorie, Mopo, Christine et moi.
Cette journée, nous le devons à Marjorie, qui a proposé de revenir parcourir ensemble ce canyon mythique de la Sierra de Guara.
Après presque une heure de marche d’approche, nous rejoignons enfin le lit de l’Alcanadre. Devant nous, Gorgas Negras ouvre les portes de l’un des plus beaux canyons de la Sierra de Guara. Je ne peux m’empêcher de penser à notre première descente en 2007, et à Mopo qui faisait alors partie de l’aventure.
Quelques minutes plus tard, les premières difficultés apparaissent et le canyon dévoile son véritable visage.
Dès les premiers mètres, Gorgas Negras impressionne par son ampleur. Les hautes falaises calcaires se referment progressivement tandis que l’eau, d’un vert limpide, serpente entre les défilés. Ici, la difficulté ne réside pas dans les rappels ou les obstacles techniques, mais dans la longueur du parcours. Au fil des heures, les nages, les franchissements et les chaos rocheux finissent par éprouver les organismes autant que les plus longues randonnées.
Les passages aquatiques s’enchaînent. Les longues nages alternent avec la progression dans le lit de l’Alcanadre, où les vasques se succèdent dans une ambiance sauvage et hors du temps.
Tout comme moi, ma combinaison, fidèle compagne de nombreuses descentes, commence à accuser son âge. Le néoprène s’effrite par endroits et laisse apparaître les traces des années passées dans les canyons… et au fond du placard !
Le décor est spectaculaire. Les hautes parois se resserrent autour des immenses marmites creusées par l’eau au fil des siècles. Quelques cascades viennent rompre le silence tandis que les rayons du soleil jouent avec le calcaire et illuminent les gorges. À plusieurs reprises, je m’arrête quelques instants pour savourer ce décor grandiose.
Puis viennent les chaos. D’énormes blocs encombrent le fond du canyon, formant un véritable labyrinthe minéral. Il faut se faufiler, grimper, contourner ou franchir ces obstacles avec attention. Une progression ludique, mais exigeante, qui sollicite autant les jambes que les bras.
Puis apparaît l’Estrecho de Tejedo. Alimenté par plusieurs résurgences, le canyon devient sensiblement plus frais. Les falaises plongent directement dans les vasques et la lumière peine parfois à atteindre le fond des gorges. L’atmosphère y est presque irréelle.
Un peu plus loin, Gorgas Negras change une nouvelle fois de visage. Les parois s’écartent et dévoilent d’immenses murailles calcaires dominant l’Alcanadre. Le regard est irrésistiblement attiré vers le ciel tant on se sent minuscule au fond de cette entaille gigantesque.
C’est à cet instant que les souvenirs remontent le plus intensément. Je pense à Mopo. Nous avions découvert Gorgas Negras ensemble en 2007. Il nous a quittés trois ans plus tard, mais dans ce canyon, sa présence semble encore accompagner chacun de nos pas. Les lieux ont ce pouvoir étrange de faire revivre les visages, les rires et les instants partagés avec ceux qui ont marqué notre vie.
Nous poursuivons vers la Fuente Custodia puis le secteur de Los Gangos. Les longues sections de nage alternent avec les franchissements de blocs. Les heures défilent, tout comme les kilomètres, et les organismes commencent à puiser dans leurs réserves.
Lorsque les peupliers de San Cristóbal apparaissent enfin, ils annoncent la fin de la descente… mais aussi le début de la longue remontée vers le plateau.
Après plusieurs heures passées dans l’eau, l’ascension vers le collado de San Cristóbal sous le soleil devient une véritable épreuve. Les jambes, refroidies par les longues nages, peinent à retrouver leur rythme tandis que le sentier s’élève lentement au-dessus des gorges.
Nous retrouvons finalement le vaste plateau de la Sierra de Guara. L’immensité succède à l’étroitesse du canyon. En chemin, nous passons devant le dolmen de Losa Mora, témoin silencieux de plusieurs millénaires d’histoire, avant de laisser sur notre droite le sentier descendant vers Otín pour poursuivre jusqu’à Nasarre où nous attend la jeep.
Les derniers kilomètres paraissent interminables. Lorsque le véhicule apparaît enfin, un immense sentiment de soulagement m’envahit. Je suis rincé. Complètement rincé. Mais cette fatigue-là a un goût particulier : celui des journées dont on se souvient longtemps.
En revenant à Gorgas Negras dix-neuf ans après ma première descente, je n’ai pas seulement retrouvé l’un des plus beaux canyons de la Sierra de Guara. J’ai retrouvé des paysages qui n’ont presque pas changé, des amitiés qui ont traversé le temps et des souvenirs que je croyais parfois endormis.
Les eaux de l’Alcanadre poursuivent inlassablement leur course entre les falaises. Les villages abandonnés veillent toujours sur ces montagnes. Le temps, lui, a continué son chemin.
Et, l’espace d’une journée, j’ai eu la douce impression que Mopo marchait une nouvelle fois avec nous.
Informations pratiques
Situation: Espagne / Aragon / Sierra de Guara
Marche d’approche: 1 H
Altitude de départ: 900 m
Dénivelé: 205 mètres
Longueur: 4.8 km
Temps de descente: 4 H
Marche de retour: 1 H 45
Carte: Sierra y cañones de Guara
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Notre coup de cœur hébergement
Le village de Castellazo, à 2 km d’Arcusa en Sierra de Guara, se trouve entre les deux cités médiévales d’ Ainsa (au Nord) et d’Alquezar (au Sud), et à 15 minutes du départ du Rio Vero.
A la porte du Parc Naturel de la Sierra de Guara et ses canyons, l’hébergement gîte Meson de Castellazo jouit d’un panorama exceptionnel et d’un emplacement privilégié.
Ancienne ferme typique du Sobrarbe, située à l’entrée du village, cet hébergement vous offrira le calme et le dépaysement dont vous avez besoin.
En route pour partager des moments de détente et de convivialité avec Marjorie, Pierre et toute l’équipe du gîte Meson de Castellazo.




























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