6 jours de canyoning en Sierra de Guara

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Le renom des canyons de la Sierra de Guara a dépassé les frontières de l’Europe, on y vient du monde entier. Les paysages y sont fantastiques et variés. De l’autre coté des Pyrénées, voici une escapade printanière à la découverte de quelques un de ces canyons (dont certains sont moins connus) du bassin du Rio Vero.

Séjour canyoning en Sierra de Guara

Cette semaine de canyoning en Sierra de Guara est programmée depuis un an. L’hiver qui vient de passer a été particulièrement doux et sec. La neige n’est là en abondance que depuis quelques jours. Mopo, pyrénéen exilé à Nice pour le travail, est arrivé depuis vendredi soir ; samedi nous étions en ski de rando au Bergons et déjà nous frémissions à la pensée de nous retrouver dans l’eau deux jours plus tard. Rémy vient de la Ciotat, dans les Bouches du Rhône et nous rejoint le dimanche soir. C’est un habitué des canyons des Alpes Maritimes, mais c’est son premier séjour dans les Pyrénées.

Lundi 09 avril

Les prévisions météo ne sont pas bonnes sur les Pyrénées pour la semaine à venir, en particulier sur le versant espagnol où se trouve une grosse dépression prévue pour la semaine. C’est donc passablement contrariés que nous prenons la route le lundi matin. Le ciel est gris sur le plateau de Lannemezan et à mesure que nous nous rapprochons de la frontière, le ciel s’assombrit de plus en plus. Le moral de l’équipe faiblit davantage lorsque, de l’autre côté du tunnel d’Aragnouet, nous rentrons en Aragon sous un ciel menaçant ; quelques kilomètres plus loin, il pleut.

Nous arrivons sous la pluie chez Pierre et Marjorie à l’auberge de Castellazo pour le repas de midi. Pierre, nous rassure un peu en nous donnant le dernier bulletin météo espagnol que nous consultons sur internet. Par contre nous avions prévu le parcours des Gorgas Negras et des Oscuros du Balces dans la semaine, mais Pierre en fin connaisseur de la Sierra nous en dissuade. De fortes précipitations ces derniers jours ont fait grossir le débit de ces rios et en rendent donc la descente impossible. Il faut alors rebondir. A l’aide des topos de Patrick Gimat et de Jean-Paul Pontroué, nous recherchons donc sur le secteur du Rio Vero des canyons habituellement secs en été mais que les conditions actuelles peuvent rendre plus intéressants sans occasionner de dangers.

Le barranco de Sarratanas

Vers 14 heures la pluie cesse. Nous nous mettons alors en route pour le pont de Las Gargantas (situé sur la route reliant Arcusa à Colungo) qui enjambe le rio Fornocal. L’objectif est le barranco de Sarratanas, un affluent de ce dernier. Du parking, nous suivons une sente au Nord-Est qui remonte le barranco sur sa rive gauche. Certains passages sont aériens et nécessitent de l’attention sur ce terrain humide. Au bout d’une demi-heure nous atteignons l’impluvium amont ou nous rejoignons le lit du canyon. Un léger filet d’eau coule le long de celui-ci, rendant son parcours plus agréable et ludique. De nombreux passages étroits nécessitent la technique de l’opposition. Certains bains dans des vasques sont inévitables. La température de l’air étant assez basse, celle de l’eau ne nous semble pas très froide.

Au niveau d’un passage souterrain sous une voûte, nous arrivons à l’endroit délicat décrit par Pierre. La solution la plus simple pour franchir cet obstacle, est un rappel d’une quinzaine de mètres dont l’ancrage se trouve sur un arbuste qui se situe en haut à droite.

Après un magnifique défilé, la descente du Sarratanas s’achève par un chaos qui débouche dans le Fornocal légèrement à l’amont du pont de « Las Gargantas ». Le retour s’effectue par une sente raide parmi les épineux (cairn au départ), que l’on trouve quelques mètres en aval du pont sur la rive droite.

Le barranco de Las Palomeras

Trois heures et cinq rappels plus tard nous remontons sur la route en direction de Colungo sur quelques centaines de mètres, jusqu’au pont jumeau du précédent traversant le barranco de Las Palomeras. Avant de le franchir, on trouve à gauche de la route une sente qui descend au lit du barranco en quelques minutes. Malgré l’heure tardive, nous nous lançons dans la descente de ce canyon très étroit et profond, creusé dans le conglomérat. Le débit est un peu plus important que dans le barranco de Sarratanas et rend cette descente extrêmement ludique. Contrairement à l’appréciation du topo-guide qui y mentionne des déchets, nous le trouvons propre et magnifique. La descente dure 45 minutes et totalise trois petits rappels.

Ce canyon tombe également dans le Rio Fornocal et pour la deuxième fois de la journée, nous regagnons la route par le raide sentier de la rive droite. Nous arrivons à la tombée de la nuit à l’auberge, où comme à l’accoutumée, un bon repas nous attend.

Mardi 10 avril

Le Fornocal

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Barrus. Mopo décide de lui offrir une belle descente ; ce sera le Fornocal dont nous avons pu observer le bon débit la veille. Après une manœuvre de voiture, nous nous retrouvons au départ de la piste du Collado de San Caprasio. C’est en maillot de bain que nous attaquons la marche d’approche qui en 45 minutes nous mène au départ du barranco. Nous avons les pieds saisis par l’eau glacée. Notre sport se transforme alors en ballet de danseuses : en effet c’est à celui qui sera le  plus agile pour sauter de rocher en rocher jusqu’au premier rappel. Mopo, installe la corde, tandis que les autres sont sur un rocher émergeant en attendant la fin de la manœuvre. La cagoule est de mise car une petite cascade nous asperge durant la descente. Nous sommes frigorifiés mais ravis. En effet nous avons parcouru ce beau canyon l’an passé plus tardivement dans la saison et nous n’avions trouvé que des marmites d’eau croupissante que nous nous efforcions d’éviter par des exercices d’opposition. Les rappels, toboggans, désescalades s’enchaînent et nous ne souffrons plus maintenant du froid. Il fait beau et c’est une belle surprise par rapport aux mauvaises prévisions météo.

Vers la moitié du canyon, nous nous arrêtons pour manger ; Pierre nous a préparé des sandwichs ail, tomate et jambon que nous sortons avec appétit des bidons. A ce même endroit, l’an dernier, nous étions en compagnie de grenouilles. Aujourd’hui c’est un beau Rio qui nous donne la joie de cette descente. La deuxième partie est encore plus belle, extrêmement aquatique. C’est jusqu’au final une succession de vasques, biefs et marmites. Nous avons l’impression de découvrir ce canyon.

Après un peu plus de quatre heures de descente, pour la troisième fois en deux jours, c’est la dure remontée au pont de « Las gargantas ».

Le soir à l’auberge, c’est à nouveau autour d’une bonne table que nous nous retrouvons. Pour l’anniversaire de Barrus, Marjorie a préparé un bon gâteau que nous arrosons de pacharan…

Mercredi 11 avril

Le Lumos

L’affreuse sonnerie du portable de Mopo réveille la chambrée à 7 H 30. Ce matin, tout le monde a du mal a émerger. Retour dans le conglomérat après le calcaire d’hier. Nous avons choisi le Lumos que nous avions également fait l’an dernier. Il démarre du col de San Caprasio et, après sa rencontre avec le barranco d’Alpan, rejoint le Rio Vero au niveau du pont de Villacantal. Les pluies de ces derniers jours et de la nuit nous offrent un petit filet d’eau dès le début du canyon.

Tout comme le Fornocal hier, c’est un réel plaisir de retrouver ce canyon en eau. Contrairement à l’an passé, nous nous jetons sans hésiter dans les vasques. La partie la plus intéressante est un long défilé très étroit, où la progression est difficile mais amusante.

Cinq ou six rappels et deux heures et demie de descente et nous voici en train d’enlever les combis pour attaquer la remontée rive droite sous un franc soleil. Le départ du sentier du retour se situe au moment où la gorge s’élargit sur une zone de galets. Il est indiqué par des cairns et remonte une croupe envahie d’épineux jusqu’à la crête que l’on suit vers le nord-est jusqu’au point de départ. Cette remontée, bien qu’un peu longue (une heure environ) est très agréable, car ouverte sur un beau panorama des canyons de ce secteur. Dans le vallon sur notre gauche, se trouvent de nombreuses grottes qui abritent des peintures rupestres. (Il est possible de les visiter en se garant au col de San Caprasio, notamment les abris de Mallata et d’Arpan).

Le Basender

Le deuxième objectif de l’après-midi initialement prévu était le Barranco d’Alpan. Finalement, n’ayant pas envie de repasser une deuxième fois par le sentier que nous venions de remonter, nous partons pour le Basender.

Sur le parking du Rio Vero, nous rencontrons Gégé un ami professionnel français avec lequel nous discutons une bonne demi-heure. Il nous donne des infos sur le débit actuel du Mascún, qui confirment nos craintes ; il y a trop d’eau, nous ne pourrons pas faire la descente demain.
L’approche du Basender (environ une demi-heure) est très agréable, car elle dispense une belle vue sur l’entrée du Rio Vero.

Du parking, il faut descendre jusqu’au barrage à l’entrée du Vero puis prendre le sentier bien tracé qui se dirige vers l’ermitage de San Martin. A la bifurcation, il faut rester sur la crête, le sentier nous amène au départ. La descente de ce joli canyon calcaire comprend cinq rappels d’une dizaine de mètres et de nombreux petit ressauts. Le quatrième rappel demande de l’attention. En effet son approche et son départ peuvent être glissants.

Au dernier rappel nous rattrapons un groupe d’une vingtaine de jeune encadrés par des guides d’ Ainsa. Après une bonne demi-heure d’attente, nous pouvons achever la descente. Elle se termine dans une grotte, tout près du lit du Vero quasiment en face du barranco de la Portiacha, à dix minutes en aval du vieux moulin. Le débit du Vero est important, mais nous n’en sommes pas surpris ; nous avions pris soin de vérifier son niveau d’eau au barrage. Il est important de s’assurer de ce débit avant de partir dans le Basender, afin de ne pas rencontrer des difficultés au retour, car il est nécessaire traverser deux fois le Vero sur le sentier du retour.

Le barranco Argatín

Sur le chemin du retour, nous repérons le petit Barranco Argatín. Il nous reste du temps et nous décidons de nous lancer dans la troisième descente de la journée. Du barrage, nous prenons le sentier de la rive gauche qui remonte vers le départ du barranco de la Portiacha. Au bout de quelques minutes, nous trouvons l’entrée du barranco et pour la troisième fois de la journée, nous remettons les combis. La descente est très courte (environ un quart d’heure) et ne comporte que deux rappels : un de quatre mètres et un de sept. Une petite résurgence sur la droite donne un cachet particulier à cet endroit. Le lit de ce barranco est extrêmement glissant …. à moins que ce ne soient les effets de la fatigue qui se fassent sentir.

Nous traversons une dernière fois le Vero et, par le même chemin que quelques minutes auparavant, nous remontons au barrage puis au parking.

Jeudi 12 avril

L’Arroyo de la Bañera

Pour aujourd’hui, nous avons choisi un petit canyon assez méconnu. Au petit déjeuner, nous sommes un petit peu inquiets pour le déroulement de la journée car il a plu toute la nuit. Pierre nous rassure ; par rapport aux bassins versants du canyon du jour, il n’y aura pas de risques. Au contraire, comme tous les canyons que nous avons parcouru depuis le début du séjour, il devrait être plus intéressant avec un peu plus de débit, car l’été il est souvent à sec.

Nous sommes donc cinq aujourd’hui au départ d’Arcusa. Nous regagnons Boltaña où nous prenons la N-260 en direction de Janovas. Au bout de quelques kilomètres nous franchissons le pont sur le Rio Ara pour emprunter la petite route qui monte vers Campodarbe. Après un premier pont sur le barranco Ferrera, nous ne tardons pas à apercevoir le barranco de Bañera sur notre gauche. Au pont suivant, nous remarquons une belle cascade qui est la fin de la partie intéressante de la descente. Nous laissons une voiture ici et montons tous au petit parking trois kilomètres plus haut. Quel plaisir d’enfiler les combis mouillées de la veille !

Quelques mètres de descente et nous sommes dans le vif du sujet. Le premier rappel est d’une vingtaine de mètres avec un final en fil d’araignée.

En suivant, le grand rappel du jour se présente ; 32 mètres le long de la cascade. Les ancrages du jour sont « grand standing » ! En effet, nous utilisons les installations d’une via ferrata.

Les pluies de la nuit ont rendu l’eau trouble, ce qui nous occasionne quelques difficultés pour la longue portion de marche qui suit. La deuxième partie du canyon devient plus ludique. De nombreuses baignoires (Bañera), toboggans et ressauts se présentent à nous, avant un petit chaos final

Au passage sous le pont, nous sommes tentés de rejoindre à quelques mètres la voiture de Pierre, car le ciel devient très menaçant. De plus, nous savons que si nous faisons le dernier rappel, nous aurons une dure remontée. Tant pis, l’envie de finir la descente est la plus forte ! Et nous ne le regretterons pas, car le dernier rappel sous cascade est magnifique !

La remontée par contre nous posera problème, car un glissement de terrain nous oblige à faire un détour et à évoluer sur un terrain instable. La pluie nous surprend à 14 heures juste au moment où nous rejoignons la voiture.

Nous occuperons la fin de la journée à d’autres activités aquatiques… au « Barceló Monasterio de Boltaña », hôtel emménagé dans l’ancien monastère. Un centre thermo-ludique s’y trouve et pour la première fois du séjour nous évoluons dans de l’eau bien chaude pour deux heures relaxantes…

Vendredi 13 avril

Le Malpaso

Nous ne sommes pas superstitieux. Suivant les diverses croyances le vendredi 13 est soit une mauvaise journée, soit au contraire un jour de chance. Le bilan sera un mélange des deux.

Mopo avait choisi pour aujourd’hui, un autre canyon presque inconnu, sauf de ceux qui cherchent de l’insolite : le Viñamatriz. Pour la première fois du séjour, la pluie ne cessera pas de tomber et nous passons la matinée au coin documentation de l’auberge, les uns à lire, les autres à essayer de trouver les solutions de plusieurs casses têtes de la collection Marjorie.
Vers midi, nous partons, et c’est dans un bon restaurant d’Ainsa que nous nous attablons vers 13 heures. En fin d’après-midi, le temps se lève et nous repartons sur Arcusa. Mopo nous reparle du Viñamatriz. L’heure étant relativement avancée et le temps quand même incertain, nous choisissons un autre canyon au départ du pont de Las Gargantas: le Malpaso.

A l’ouest du pont une sente remonte le long de la crête. Plusieurs passages demandent de l’attention. En un quart d’heure nous sommes au départ du barranco. D’après le topo, celui-ci est moins intéressant que le Sarratanas. C’est sûrement vrai en été, mais après toute la pluie de ces derniers jours, ce barranco nous réserve une agréable surprise malgré une descente courte. Cinq rappels dont un de 18 mètres (le premier) se succèdent. Le quatrième et le cinquième se déroulant dans des failles étroites sous cascades, seront l’occasion de franches rigolades. Ce barranco tombe dans celui du Fornocal à une centaine de mètres en amont du pont de las Gargantas en face de la sortie du Sarratanas.

La remontée à la route, au pont de « Las Garagantas » (quatrième fois du séjour) n’a plus de secrets pour nous et nous l’avalons rapidement.

Samedi 14 avril

Le temps clément en début de semaine, n’est plus de notre côté. Il pleut encore ce matin. Pourtant nous profitons d’une accalmie et voulons espérer que le ciel nous laissera faire le dernier canyon du séjour. Mopo tient vraiment à son Viñamatriz. Et nous voici encore sur la route en direction d’Asque. Mais au village, il pleut toujours et nous prenons la sage décision de rentrer.

Notre séjour est terminé. Finalement la météo n’aura pas été aussi mauvaise que prévue.

Nous n’avons fait ni le Mascún, ni las Gorgas Negras. Nous reviendrons en juin…

Informations pratiques

Situation: Espagne / Aragon / Sierra de Guara
Carte: Sierra y cañones de Guara

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Notre coup de cœur hébergement

Le village de Castellazo, à 2 km d’Arcusa en Sierra de Guara, se trouve entre les deux cités médiévales d’ Ainsa  (au Nord) et d’Alquezar (au Sud), et à 15 minutes du départ du Rio Vero.

A la porte du Parc Naturel de la Sierra de Guara et ses canyons, l’hébergement gîte Meson de Castellazo jouit d’un panorama exceptionnel et d’un emplacement privilégié.

Ancienne ferme typique du Sobrarbe, située à l’entrée du village, cet hébergement vous offrira le calme et le dépaysement dont vous avez besoin.

En route pour partager des moments de détente et de convivialité avec Marjorie, Pierre et toute l’équipe du gîte Meson de Castellazo.

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