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La baie des Trépassés
Le géant du Tourmalet

À Bagnères-de-Bigorre, la saison des cols s’ouvre dans une ambiance unique. Chaque premier samedi de juin, la Montée du Géant rassemble des centaines de cyclistes venus accompagner la statue d’Octave Lapize jusqu’au sommet du Tourmalet. Entre effort, histoire et convivialité, cette ascension est bien plus qu’un simple défi sportif : elle est devenue un rendez-vous incontournable pour tous les amoureux des Pyrénées et du vélo.

Le géant du Tourmalet

La Montée du Géant au Tourmalet : une ouverture de saison entre mémoire et peloton

Il y a des jours où le Tourmalet ne se contente pas d’être le plus célèbre des cols pyrénéens. Il redevient un lieu de rendez-vous, un passage obligé pour les passionnés de vélo et un véritable rituel qui marque le début de la saison des grands cols.

Ce samedi matin, Bagnères-de-Bigorre s’éveille au rythme des roues libres, des cliquetis de dérailleurs et des conversations entre cyclistes. Sur les parkings comme aux abords de la route, les derniers réglages s’effectuent tandis que chacun s’apprête à retrouver une vieille connaissance : le Tourmalet.

Je suis de ceux-là. Au milieu de plusieurs centaines de passionnés, je prends le départ avec cette même impatience que l’on ressent avant chaque grande ascension. Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement d’atteindre un sommet. Il s’agit de participer à une tradition, d’accompagner le Géant vers ses quartiers d’été et de gravir l’un des cols les plus mythiques du Tour de France.

Devant Chez Octave, à Bagnères-de-Bigorre, le Géant est déjà solidement installé sur son camion. Les cyclistes se rassemblent peu à peu sous la banderole des Hautes-Pyrénées, dans une ambiance à la fois détendue et impatiente. 

Chez Octave - Bagnères-de-Bigorre - Montée du Géant 2026
Départ de la montée du géant du Tourmalet 2026
Montée du géant du Tourmalet 2026
La montée du géant du Tourmalet 2026

Après les discours d’usage, le convoi s’ébranle lentement dans les rues de la ville. Encadrés par des véhicules de l’organisation, des motards et la gendarmerie, nous quittons progressivement la ville derrière le Géant, sous les applaudissements des curieux venus assister à ce rendez-vous devenu incontournable.

Dès les premières pentes après Sainte-Marie-de-Campan, la route s’élève sans brutalité mais sans pause réelle. Le peloton s’étire déjà, chacun cherchant un équilibre entre enthousiasme du départ et gestion de l’effort.

À Artigues, l’ambiance change légèrement. Le passage à proximité du sentier des porteurs du Pic du Midi rappelle immédiatement que ces pentes ne sont pas qu’un terrain cycliste. Elles sont traversées par une histoire plus ancienne, faite de gestes, de travail, et de montagne habitée.

Plus haut, les cascades en bord de route accompagnent la montée. Elles apportent une fraîcheur trompeuse, un bruit de fond qui contraste avec l’effort déjà bien présent dans les jambes.

Arrive alors le virage de Gripp. Un lieu charnière, presque familier pour ceux qui connaissent la vallée autrement que sur deux roues. Les souvenirs de randonnées vers Campana et les traversées vers le massif du Massif du Néouvielle remontent naturellement. Ici, la route et les itinéraires de montagne semblent se répondre.

La suite est marquée par une section en travaux. La réfection du mur et du parapet rappelle que même dans ces hauteurs, la montagne est entretenue, consolidée, protégée. Le passage est plus brut, plus sonore, presque minéral.

C’est à cet endroit qu’un jeune cycliste lâche, surpris : « C’est ici qu’Eugène (Christophe) a cassé sa fourche ? »
Un rappel inattendu que ces pentes portent une mémoire cycliste bien plus ancienne que nos transmissions modernes.

On franchit ensuite le passage sous les paravalanches. L’ambiance se resserre. La montagne devient plus proche, plus verticale, comme si elle guidait elle-même la progression.

La Mongie : bascule vers la haute montagne

L’arrivée à La Mongie ne marque pas une pause. Au contraire, l’effort se durcit. Le rythme devient plus irrégulier, les groupes éclatent, chacun avance désormais dans sa propre gestion de la pente.

À la sortie de la station, le brouillard s’invite sans prévenir. Tout change immédiatement. Les repères disparaissent, la lumière se diffuse, le monde se réduit à quelques mètres devant la roue.

Les derniers kilomètres deviennent plus mentaux que physiques. Chaque virage est une négociation silencieuse. La pente semble s’allonger alors même que le sommet approche.

Le Géant et la mémoire du Tour

Puis, dans le gris du brouillard, le sommet finit par apparaître.

Au Le Géant du Tourmalet, l’ambiance change de nature. Le silence de l’effort laisse place au bruit de la foule, des bandes musicales, des conversations et des rires.

Ici, la montagne se transforme en lieu de rassemblement.

Et il est impossible de ne pas penser à Octave Lapize, figure des premiers Tour de France pyrénéens, lorsqu’il franchit ces cols dans des conditions que l’on peine aujourd’hui à imaginer. Ces pentes portent encore la trace de ces pionniers, de cette époque où le Tour découvrait la montagne.

Une transhumance cycliste

La Montée du Géant rassemble une population cycliste très diverse : clubs, cyclosportifs, vélos électriques, solitaires, habitués des grands cols ou simples curieux venus vivre l’événement.

Mais sur la route, tout se mélange. Il n’y a plus vraiment de catégories, seulement un flux continu de cyclistes avançant vers le sommet.

Dans les lacets, les encouragements circulent. Dans les passages plus raides, les écarts se creusent. Mais l’esprit reste le même : celui d’une ascension collective, festive, presque ritualisée.

Une ouverture de saison

Cette montée marque l’ouverture symbolique de la saison des cols dans les Pyrénées. Le Tourmalet redevient un terrain de passage, un espace vivant où se croisent histoire, effort et paysage.

Le Géant redescendra dans la vallée à l’automne. Mais pour l’instant, il veille encore sur les hauteurs, entouré des traces laissées par les cyclistes venus partager ce moment.

Et déjà, une idée s’installe doucement : celle de revenir. Vers ces routes. Vers ces sommets. Vers le Tourmalet.

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