Il est des sommets qui dépassent leur altitude, et le Mont Valier en fait incontestablement partie.
Culminant à 2 838 mètres, visible depuis toute la plaine du Couserans, il dresse sa silhouette à la frontière franco-espagnole et veille sur les Pyrénées ariégeoises tel un patriarche.
Montagne sacrée pour les Ariégeois, repère majeur du Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises, il concentre à lui seul respect, attachement et légendes.
Plus qu’un simple pic, il incarne l’âme fière et sauvage de tout un territoire.
Les Béarnais ont le pic du Midi d’Ossau, les Commingeois le Cagire, les Bigourdans le Pic du Midi de Bigorre, les Catalans le Canigou… et les Ariégeois leur Mont Valier. À chacun sa montagne sacrée.
Car oui, le Valier est chargé d’histoire. La tradition raconte que son nom viendrait de saint Valier – ou Valère, Valerius – premier évêque du Couserans au Vᵉ siècle. Selon la légende, il aurait gravi la montagne vers 452 pour en bénir le sommet et évangéliser les vallées. Belle histoire… mais les historiens restent prudents. Aucune source contemporaine ne confirme une telle ascension. On sait que saint Valier a bien existé et que son culte fut important dans la région, mais imaginer un évêque du Vᵉ siècle gravissant un sommet aussi exigeant relève probablement davantage de la tradition pieuse que de la réalité historique.
Il n’empêche : la montagne a conservé son nom… et son aura.
La première ascension historiquement attestée est généralement attribuée à Monseigneur de Montaud en 1670, même si bergers et chasseurs ont très probablement foulé le sommet bien avant lui.
Avec Tatiana et mon ami Arnaud – compagnon de montagne depuis de longues années et d’innombrables aventures – nous avions coché l’ascension du Mont Valier depuis longtemps. Trois jours de beau temps annoncés en cette troisième semaine d’août : un créneau parfait. Les sacs sont prêts, les mollets confiants, l’enthousiasme intact.
Le GR transfrontalier démarre au parking du Pla de la Lau (930 m). Une large piste forestière monte en douceur vers le sud, dépasse la Maison du Valier, puis l’on suit la rive gauche du Ribérot, rivière vive et fidèle compagne de cette première journée. Au croisement (995 m), nous laissons à droite le sentier du Barlonguère – ce sera pour une autre fois – pour emprunter à gauche celui menant au refuge des Estagnous et au Mont Valier. Le Ribérot est franchi par deux passerelles successives, puis nous remontons sa rive droite dans une forêt fraîche, alternant clairières lumineuses et sous-bois humides.
Les « trous souffleurs »
Au pied du massif, près du Pla de la Lau, on observe d’étranges « trous souffleurs ». Ces petites cavités naturelles laissent s’échapper un courant d’air froid, lié à la circulation souterraine dans les fissures du massif : en été, la montagne semble littéralement respirer. Autrefois, les anciens y voyaient le souffle mystérieux du Valier, une respiration presque sacrée venue des entrailles de la montagne.Le sentier s’élève franchement sur sa gauche pour franchir le ressaut : premiers lacets sérieux, premières gouttes de sueur.
Nous laissons à droite la direction des Étangs Long et Rond pour continuer sur le sentier principal. Dans la brume qui avale le paysage, la dernière montée, raide, nous mène au Refuge des Estagnous à 2 246 mètres.
Construit en 1909 par le Touring Club de France, le Refuge des Estagnous est l’un des refuges emblématiques des Pyrénées françaises. Situé au-dessus de l’étang Rond, il est une halte sur la boucle transfrontalière Pass’Aran et sur le Chemin de la Liberté, emprunté par 782 personnes entre 1940 et 1944 pour fuir la France occupée.
Sa terrasse offre un panorama déjà grandiose. L’étang scintille en contrebas. Le Valier, lui, reste encore dissimulé derrière quelques nuages, comme pour mieux se faire désirer.
C’est l’heure de la bière… À la troisième, Arnaud annonce déjà qu’il est « en gestion ». On sait ce que ça veut dire : il sera devant demain…
La soirée au refuge est à l’image de la journée : simple, joyeuse, complice. On refait le monde, on affine la stratégie du lendemain, on compare nos courbatures naissantes…
Départ matinal pour cette deuxième journée. Depuis le Refuge des Estagnous, le sentier balisé passe devant la stèle du Chemin de la Liberté, puis file vers l’est dans une combe minérale. La montée se raidit à l’approche du col de Faustin (2 551 m). En début de saison, quelques névés peuvent subsister : crampons et piolet sont alors conseillés. En cette fin août, le terrain est sec, mais l’ambiance reste résolument alpine.
Devant nous, les plaines d’Ariège s’étendent comme une mer immobile, tandis que la chaîne ondule à l’infini.
Au sommet du Mont Valier, on comprend pourquoi cette montagne est mythique. Ce n’est pas seulement la vue. C’est la sensation d’être au centre d’un territoire, d’une histoire, d’une identité.
En contrebas de Milouga, nous quittons le sentier principal pour remonter vers la cabane d’Espugues, utilisée par la bergère. Attenante à sa cabane, une partie est réservée aux randonneurs.
Avant la nuit, la bergère nous glisse :
« Ne sortez pas si vous entendez les chiens aboyer. L’ours m’a pris trois brebis la nuit dernière. »
Silence… Arnaud, vérifie la fermeture de la porte… deux fois !
Nous passons la nuit dans la partie randonneur, en compagnie de l’autre marcheur… disons… très bavard. Certains sommets se méritent. Certaines soirées aussi…
Le troisième jour, nous descendons vers la cabane du Taus (1 910 m) en silence. Peut-être qu’une partie de notre cœur est encore là-haut ?
L’itinéraire remonte légèrement vers un collet, puis après le Cap des Lauzes, il retrouve le GR 10 que nous laissons filer tout droit vers le Couret de Graues et l’étang d’Ayes, pour emprunter sa branche de gauche qui descend en lacets vers la cabane d’Aouen.
Peu après, le sentier pénètre dans la forêt domaniale et se rapproche du ruisseau du Muscadet, que nous suivons pour retrouver le Riberot, puis la Maison du Valier. La boucle est bouclée.
Le Mont Valier n’est pas seulement une ascension. C’est un pèlerinage, une immersion dans une montagne vivante, habitée d’histoires — celles des évêques légendaires, des résistants, des bergers, des randonneurs.
Mais surtout, ce sont ces trois jours de camaraderie : des blagues au refuge, des silences partagés dans la montée, des regards complices au sommet.
Une montagne, aussi iconique soit-elle, ne vaut vraiment que par ceux avec qui on la gravit.
Informations pratiques
Situation: France / Ariège / Couserans
Accès: À Saint-Girons, prendre la direction de Castillon-en-Couserans par la D618, puis la D4. Traverser Castillon-en-Couserans et Les-Bordes-sur-Lez. 2 km plus loin, prendre à gauche la route de la vallée du Riberot, jusqu’au parking du Pla de la Lau.
Dénivelé cumulé: 2430 mètres
Itinéraire: Boucle de 23 km
Horaire: 1 H 30 à 2 H
Carte: Carte N°2048 OT Aulus-les-Bains – Mont-Valier
Trace GPS: Télécharger








































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