Le lac de Puy Vachier et la brèche Pacave

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Cette randonnée se déroule dans un cadre haute montagne et offre une vue inoubliable sur la Meije et le Râteau et leurs glaciers. Avec ses 3983 mètres la Meije n’est que le deuxième sommet du massif des Écrins par l’altitude. Il lui manque seulement quelques mètres pour faire partie du monde des 4000. Et pourtant c’est la reine incontestée du massif…
La découverte du lac de Puy Vachier, l’un des plus profonds du massif des Écrins, enchâssé au creux d’un petit cirque, est un enchantement.

« Sa Meijesté»…

Même si je ne suis qu’un petit randonneur, j’ai toujours été passionné par l’histoire de l’alpinisme (mais ça, je l’ai déjà dit sur ce blog !). Depuis ma jeunesse et mes lectures, je voulais absolument aller voir plusieurs montagnes de plus prés: le Cervin, l’Eiger, les grandes Jorasses, la Barre des Ecrins, le Pelvoux et bien sûr la Meije … (Et ça aussi je l’ai déjà dit !).
Nous avions déjà vu la Meije de plus loin lors d’une session précédente dans les Hautes-Alpes, mais ce soir nous sommes au pied de « Sa Meijesté ». Nous sommes installés au camping « le Gravelotte » à la Grave. La vue du glacier de la Girose au soleil couchant, à l’heure de l’apéro, nous ravit. Nous sommes en fin de saison, le téléphérique ferme dans quelques jours.  Demain il est prévu beau et nous prenons rendez-vous avec le réveil…

Une fois n’est pas coutume, nous commençons la journée par la montée par le téléphérique des glaciers de la Meije.

La construction du téléphérique de la Meije est une longue histoire à multiples rebondissements. En 1895 déjà, quelqu’un lançait l’idée de relier La Grave à la Meije par un chemin de fer puis un ascenseur menant à un observatoire astronomique !

En 1934, on pensa installer un téléphérique entre La Grave et le sommet de la Meije:

« …En fait de cupidité et de bêtise, on peut tout croire… N’avons nous pas appris récemment que des « entrepreneurs » se proposent sérieusement de lancer, de La Grave au sommet de la Meije, un téléphérique ! Un pylône à la Grave, un autre au pic de l’Homme, un troisième à la Meijette, un dernier au Grand Pic; le problème, au point de vue technique, serait, paraît-il, fort simple.
Quand au sommet, trop étroit actuellement pour recevoir les touristes, quelques coups de mine l’abaisseraient de vingt-cinq mètres et, sur la plate-forme ainsi créée, on construirait un restaurant et une gare…
La Meije est devenue pour quelques-uns « une affaire ». Une bien mauvaise affaire d’ailleurs… si l’on y réfléchit.
Supposons la Meije décapité, le câble tendu. Que resterait-il de la Meije ? Le spectacle d’une tristesse qui est celle de toute beauté avilie, une entreprise de panorama dont les touristes auraient tôt fait de dire que « ça ne paie pas », un ridicule sans issue pour les Français qui auraient toléré cet attentat.
Reconstruirait-on le sommet après la faillite ? »
« La Montagne » – Janvier 1934

En 1976 le chantier des téléphériques des glaciers de la Meije, conçus par Denis Creissels, débute. Le premier tronçon est construit cette année-là entre 1 470 mètres (La Grave) et 2 424 mètres (gare du Peyrou d’Amont). Le dénivelé est de 954 mètres et sa vitesse maximale est de 6,50 mètre par seconde.

Le second tronçon de 2 730 mètres de longueur pour  787 mètres de dénivelé jusqu’à la gare des Ruillans (3211 m) est construit en 1977. Sa vitesse maximale est de 7,50 mètre par seconde.

En 1978, le téléphérique des glaciers de la Meije est officiellement inauguré.

Dès le départ, le téléphérique passe au-dessus du camping « Le Gravelotte » où nous sommes installés pour plusieurs jours. Nous ne voyons pas le fourgon, il est caché par les arbres !

Le nom du camping, fait référence à un célèbre couloir de la face Nord du Grand Pic de la Meije: le couloir Gravelotte. La première ascension de ce couloir est réalisé le 24 septembre 1898 par Eugène Gravelotte, Casimir, Devouassoud et Maximin Gaspard et Joseph Turc. Cette ascension est une véritable performance pour l’époque. Une première tentative avait eu lieu en aout 1883, mais suite à un orage, la cordée composée de Maximin et Pierre Gaspard et de Claude Verne avait dû rebrousser chemin.
Le 20 juin 1975, Patrick Vallençant en fera la première descente à skis.

Le camping « Le Gravelotte » propose des emplacements spacieux. Les propriétaires y cultivent une atmosphère de liberté et de convivialité. Dans cet esprit vous aurez la liberté de choisir votre emplacement et ses limites.

À l’intermédiaire nous prenons le deuxième tronçon pour rejoindre la gare des Ruillans à 3211 mètres. Le panorama est grandiose au pied du glacier de la Girose et tout près la Meije. En hiver, le téléphérique donne accès à un domaine hors-pistes unique. Des tables d’orientation permettent d’identifier une foule de sommets, du massif de Belledonne au Thabor en passant par les Aravis et le Mont-Blanc.

Le nom « Meije » provient de « meidjo » qui signifie  « midi »  et désigne le sud. Les habitants de La Grave avaient ainsi l’habitude de nommer cette montagne, située au sud de leur village, « l’oeille de la meidjo » (l’aiguille du midi).
Le massif de la Meije est composée de trois principaux sommets : le point culminant, le Grand pic de la Meije à 3 983 mètres, le Doigt de Dieu ou Pic Central de la Meije (3 973 mètres) surplombant le versant Sud et la Meije orientale (3 891 mètres).

La Meije occupe une place particulière dans l’histoire de l’alpinisme: ce fut le dernier sommet majeur des Alpes à être gravi après de nombreuses tentatives menées entre 1870 et 1877. La première ascension du Grand Pic fut effectuée le 16 août 1877 par Emmanuel Boileau de Castelnau avec Pierre Gaspard et fils.

« L’élan et la beauté de la montagne, de ses piliers et de ses arêtes, peuvent suffire à expliquer cet engouement à nul autre pareil. Mais l’histoire y joue aussi un rôle : la première ascension qui date de 1877, marque en effet l’entrée en scène des français dans la conquête des grands sommets. Jusqu’alors, à l’exception du Mont Blanc dont la seule vraie difficulté était l’altitude, l’alpinisme était l’affaire des aristocrates anglais : les Whymper, Mattews, Coolidge, etc.
Ils avaient gravi l’Aiguille Verte, les Jorasses, le Cervin, l’Eiger et tant d’autres. Restait cette Meije que Whymper avait décrété inaccessible. Et voilà qu’un jeune alpiniste d’une bonne famille du Languedoc, Boileau de Castelnau, embauche deux guides de la vallée du Vénéon, les Gaspard père et fils, et réussit à gravir l’immense muraille sud dans la journée. L’exploit est d’autant plus retentissant que l’itinéraire présente des difficultés inhabituelles pour l’époque. Le père Gaspard, enterré à Saint-Christophe, est devenu une figure légendaire de l’alpinisme, particulièrement en Oisans. »
Extrait de l’album « Par dessus les cimes, les Alpes vues du ciel » de Pascal Sombardier.
« Cette conquête a été un grand exploit, la montagne avait fait l’objet de nombreuses tentatives (vingt-cinq environ)…
Emmanuel De Castelnau (dix-neuf ans) et un habitant de la vallée dans la force de l’âge (quarante-trois ans), Pierre Gaspard, guide depuis seulement deux ans, sûrent trouver le point faible au cours d’une reconnaissance, le quatre août 1877. Ils franchirent le passage clé en chaussettes. Que ceux qui suivent aujourd’hui leurs traces les imaginent grimpant en chaussures à clous, à une époque où l’escalade rocheuse en était à ses débuts. Ils bivouaquèrent à la descente, sans équipement de protection. Pendant de longues années la Meije fut surnommée : « la grande difficile »… »
Extrait du « Guide du Haut-Dauphiné » de François Labande.

Le lac de Puy Vachier et la brèche Pacave

Nous en avons pris plein les yeux et nous redescendons à la gare intermédiaire du Peyrou d’Amont. Un parcours thématique expose les grandes caractéristiques de l’étage alpin. Tout proche, a été aménagé une zone récréative avec des jeux d’eau, d’équilibre, d’escalade et une mini tyrolienne.

Et pourquoi ne pas profiter quelques minutes d’une expérience contemplative ?

La randonnée commence en descente. Le sentier balisé descend sous le téléphérique puis bifurque rapidement vers l’ouest. Une traversée en balcon nous mène au beau et grand lac de Puy Vachier, l’un des plus profonds du massif des Écrins, enchâssé au creux d’un petit cirque (2382 m).

Une montée en lacets au-dessus du lac permet de rejoindre le refuge Evariste Chancel situé à 2506 mètres. Le panorama est superbe sur la vallée de la Romanche exposé au sud, la Grave et les hameaux des Traverses, le Chazelet, les vastes ondulations du plateau d’Emparis …
On voit très bien les anciennes terrasses qui s’étagent en lignes parallèles sur la pente et les longs vallons de la Buffe et de Martignare dominés par le pic du Mas de la Grave (3020 m).

Le refuge Évariste Chancel est doté de 39 places. Il est situé à 2508 m sur une terrasse, magnifique belvédère sur toute la vallée de la haute Romanche, sur le village de La Grave et ses hameaux, ainsi que sur le Râteau et la Meije. L’été, il est facilement accessible, même en famille. L’hiver, on y accède uniquement en glissant. Dans ce domaine de haute montagne, la neige n’est pas damée, les pistes ne sont pas balisées. Une différence essentielle qui attire les véritables passionnés.

Nous apercevons tout là-haut le col des Ruillans et nettement en contrebas sur la gauche, la Brèche Pacave (2836 m), le prochain point de passage de cette randonnée. Le décor devient maintenant plus minéral et la montée un peu plus raide et caillouteuse. Plein sud, le sentier se faufile entre les rochers pour arriver à l’altitude de la brèche. Après une dernière traversée à l’horizontale sur la gauche, nous rejoignons le col.

Vue sur la Meije depuis la Brèche Pacave (2836 m).

C’est maintenant la descente sur le versant sud par les vallons de la Meije. Les premiers mètres sont assez raides et le sentier arrive sur un replat. La vue sur les séracs des glaciers du Râteau et de la Meije est fantastique.

Sur notre gauche, nous laissons un chemin qui nous ramènerait sans difficultés à la gare de Peyrou d’Amont. Préférez ce retour si vous souhaitez rejoindre directement la gare intermédiaire, car certains passages sur la moraine du Clos des Sables sont impressionnants et peuvent poser des problèmes à des personnes sujettes au vertige. Le balisage nous emmène sur la crête de la grande moraine où nous tomberons sur un troupeau de chamois.

Nous quittons la moraine vers 2400 mètres d’altitude pour emprunter un sentier en légère montée qui rejoint la gare intermédiaire.

Nous profitons de la fin de journée en descendant tranquillement dans le bois les 900 mètres de dénivelé qui nous séparent de La Grave…

Belle vue sur le hameau Des Terrasses.

Informations pratiques

Situation: Hautes-Alpes / Massif des Écrins / La Grave
Départ: La Grave; gare intermédiaire du Peyrou d’Amont du téléphérique de la Meije (2416 m)
Date: Le 05 septembre 2020
Altitude maximale: 2836 à la brèche Pacave
Dénivelés: 625 mètres D+ / 1575 mètres D-
Itinéraire: Boucle
Temps total: 6 H
Cartes: IGN 3436 ET Meije – Pelvoux

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4 Comments

  1. Steph43Photography
    Bonjour magnifique randonnée au pays de sa majesté la Meije 🙂 , superbes photos et article bien fait , bravo à vous 🙂 y’a peu de temps j’était en face au Lac du Goléon avec une vue sublime sur la Meije , bonne journée , amitiés d’Auvergne 🙂
    1. Randos-Passion
      Bonjour; merci pour votre commentaire. Lors de notre dernier périple dans les Hautes-Alpes, en septembre, nous sommes allez aussi au lac du Goléon. D’ailleurs je pense que le prochain article du blog sera sur ce magnifique lac.
  2. Laurent
    Magnifique, vos randonnées me font toujours rêver…
    1. Randos-Passion
      Merci pour ce commentaire. A bientôt sur le blog, pour d’autres randonnées.

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