Le cirque de Barroude par la Hourquette de Chermentas

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Cette randonnée se déroule en grande partie au cœur du Parc National des Pyrénées où l’environnement est préservé et les paysages d’une grande beauté.
Passé la Hourquette de Chermentas, l’arrivée au cirque de Barroude par un magnifique sentier en balcon est le moment fort de la journée. Ce site est idyllique, avec un contraste très fort entre des à-pics de 600 mètres et les nappes d’eau tranquilles du plateau.

J’ai toujours été un Barroudeur…
Août 1987

Muraille de Barroude en 1987
Lacs de Barroude 1987 - Hautes-Pyrénées
Refuge de Barroude 1987 - Hautes-Pyrénées

Août 2019

Pour faire découvrir le cirque de Barroude à Tatianna, je choisis de l’atteindre en arrivant par la Hourquette de Chermentas et le sentier de la HRP. C’est à mon avis, le chemin le plus esthétique pour arriver à Barroude et, personnellement, je n’y suis pas passé depuis 2013 et ma traversée des Pyrénées. Et comme ce jour-là, j’avais passé la journée dans le brouillard et que je n’avais rien vu, c’est plus que motivé que nous sommes au départ à Piau-Engaly, en compagnie d’Arnaud. Nous venons de laisser une voiture, au parking du Plan à Aragnouet, et ainsi nous pouvons faire cette somptueuse traversée.

Nous nous sommes garé au plus près de l’entrée de la vallée du Badet. Nous prenons la piste qui descend vers le télésiège de Mouscadès. Après une clôture électrique qu’il faut refermer après son passage, nous suivons simplement tout droit sur la piste de ski, qui rentre dans la vallée de Badet. Le magnifique pic des Aiguillous nous domine. Au niveau du premier virage, nous laissons la piste de ski pour prendre le sentier tout droit qui monte progressivement.

Nous arrivons au petit lac de Badet.

Après une petite pause au lac, nous rentrons dans le Parc National (La Neste de Badet est sa limite). Nous entamons une partie un peu plus physique; la montée devient plus raide. Derrière nous, dominée par des crêtes vertigineuses allant du Campbielh (3173 m) au pic Méchant (2944 m), la vallée de Badet se dévoile majestueusement. Les estives de la vallée du Badet appartiennent aux communes de Cadeilhan et de Vignec.

Nous laissons à droite la bifurcation de la Hourquette de Héas pour atteindre, deux heures après le depart, la Hourquette de Chermentas qui culmine à 2439 mètres et bordée par le Pic de la Gela (2851 m). La Hourquette de Chermentas offre une superbe vue sur la vallée de la Géla.

De la Hourquette de Chermentas, le sentier descend sur le versant Est en lacets raides.

Vers 2340 mètres, le sentier oblique en direction du sud en traversée. Il longe la base d’une paroi verticale calcaire, puis monte dans un éboulis jusqu’à un petit col.

Nous poursuivons ce magnifique sentier en balcon jusqu’au croisement des chemins (pancarte). Le sentier menant au lac de Barroude continue tout droit, l’autre descend dans la vallée.

Nous sommes maintenant sur le vaste plateau du cirque de Barroude, agrémenté par des lacs et dominé par une barrière de sommets de plus de 3000 mètres.  Ce site, le plus oriental du Parc National des Pyrénées, est l’envers du cirque de Troumouse. Nous y resterons plus de deux heures…

La muraille de Barroude

Le cirque de Barroude représente un des éléments les plus spectaculaires du paysage de la zone axiale en haute vallée d‘Aure.

Mis à part sa partie haute, constituée de schistes, la muraille est pour l’essentiel constituée de calcaire massif clair qui a ensuite subi l’érosion des glaciers du Quaternaire. Ce calcaire, issu de sédiments déposés au Primaire vers – 400 millions d’années et qui ont été métamorphisés, est appelé « la dalle » par les géologues. L’érosion glaciaire a emporté plus facilement ces roches que le socle sur lequel elles reposent, ceci résultant en la formation d’un petit plateau, le balcon de Barroude.

A la base de la muraille, côté port de Barroude, se trouve une roche sombre moins compacte, dite « pélites sombres », essentiellement schisteuse.

Barroude par le Comte Henry Russell

Fin juillet 1874, Henry Russell et son guide Célestin Passet effectuent une excursion de cinq jours de Héas à Luchon. Le comte Russell la qualifiera de « magnifique petit voyage alpestre, qui exige un sac en peaux de moutons.. »

Ils passent la nuit à Héas, à l’Hôtel de la Munia, chez Chapelle.

Dans ses « Souvenirs d’un montagnard », Henry Russell raconte : « Après un excellent dîner et une bonne nuit, nous partîmes le matin [30 juillet], avec cinq jours de vivres et par un temps irréprochable, pour la Hourquette des Aiguillous [Hourquette de Héas] et la région fort peu connue de la Baroude : montueux désert de cailloux et de neige, dont les montagnes pelées moutonnent comme des vagues brunes, à l’Est des précipices énormes de la Gela et de Trumouse ; c’est une espèce de Mongolie. »

Henry Russell et son guide passent donc par la Hourquette de Héas puis par la Hourquette de Chermentas.

« Ce n’est qu’en descendant de 500 ou 600 mètres au moins, que nous parvînmes à contourner par le Nord-Est le pic de la Géla, pour remonter ensuite vivement d’une heure au Sud, vers un cirque fantastique, où nous passâmes la nuit dans une cabane située à l’est et à la base du pic de la Gela. »

La muraille de Barroude impressionne Russell : « Quels précipices que ceux qui se dressaient à l’Ouest de nous ! Murailles de marbre à pic, lisses comme l’acier, hautes d’au moins 500 mètres, et longues d’une demi-lieue ! Derrière ce mur est le cirque de Trumouse. Au clair de lune, ces précipices sont effrayants : ils ont l’air de s’ouvrir pour tomber. »

« Le lendemain [31 juillet], nous montâmes au SE, dans un pays aride et bouleversé, comme s’il y avait eu un tremblement de terre. Le sol forme d’immenses vagues solides. Le calcaire prédomine, mais il ressemble à de la cendre…  A dix minutes nous passons un étang triangulaire, et cinq minutes après, nous arrivons au lac de la Gela perdu dans un affreux désert, sans le moindre arbrisseau. Au sud, un glacier bleu et crevassé, monte au pic de Trumouse (3086 m). A gauche du lac qui est la seule chose gracieuse de tout le tableau, l’herbe pousse encore, mais sa verdure semble un miracle. A droite et presque partout, c’est un hideux chaos de rochers prodigieux, les uns tout blancs, les autres noirs comme la nuit, étendus sur la plage et ressemblant à des bêtes fauves. Sur le lac même, des îlots fantastiques forment un long archipel. On n’entend rien… A gauche les pics sont calcinés ; à droite, gelés. »

Avant d’atteindre le port de Barroude, Henry Russell et Célestin Passet, s’élèvent vers le sud-est « sur de grandes croupes terreuses, couleur de bronze, et nues comme le Soudan. »

Une heure et demie de la cabane les « place sur le sommet du pic de la Baroude (2791 m) [Pic de Port Vieux] à la frontière ».

Le glacier de Barroude

Le glacier de Barroude est un glacier dit de suraccumulation : il se forme au pied de parois abruptes où se déclenchent des avalanches qui, par leurs dépôts, augmentent l’accumulation neigeuse.
Dans le cas du glacier de Barroude, la falaise surplombante qui alimente le glacier en avalanches atteint les 600 mètres de hauteur. Comme tous les glaciers de ce type, il est encore relativement proche de ses moraines du Petit Age Glaciaire.
Le glacier ne présente pas de crevasses et par conséquent il est dépourvu de toute dynamique. Cette caractéristique lui vaut le qualificatif de « résiduel ».

Historique des observations

En 1875, le glacier apparaît sur la première édition de la « Carte des Pyrénées Centrales à l’échelle 1/100000 » de Franz Schrader.

Dans l’annuaire du CAF de 1894, il évalue la surface du glacier à 36 ha.

On retrouve cette mesure dans un ouvrage de géographie de 1899. Le géographe Onésime Reclus (1837 – 1916) écrit : « La Neste d’Aragnouet, s’abreuve aux trente six hectares du Glacier de la Barroude, appuyé contre le pic de Troumouse. »

En 1904, le ministère de l’agriculture demande à l’abbé Ludovic Gaurier (1875-1931) d’effectuer des études glaciaires sur les grands glaciers Pyrénéens. En effet, l’Etat a besoin de pouvoir connaître l’importance des ressources en eaux que l’on peut exploiter, pour l’irrigation et la construction des premières usines hydroélectriques. Dans ses « Etudes glaciologiques» il estime la surface du glacier à 22,5 ha en 1862, suite aux observations de Denis Eydoux et Léon Maury.

Entre 1950 et 1965, l’IGN estime la surface du glacier à 10,4 hectares, d’après des levés photogrammétriques complétés par des observations sur le terrain.

Plus près de nous, des universitaires anglais de Birmingham et Cambridge ont étudié de 1988 à 1997 quelques grands glaciers. En 1988 ils étudient celui de Barroude. Deux repères sont inscrits : un à 21,9 m du bord de la glace sur un bloc, et un à 85,2 m de la glace sur la moraine. En 1992, ils estiment la surface du glacier à 10 ha. La limite inférieure du glacier descend jusqu’à 2410 mètres.

Depuis 1999, le suivi glaciologique a repris dans les Pyrénées Françaises et s’est intensifié avec la création de l’Association « Moraine » en mai 2001. Cette association a pour objectif d’étudier les glaciers et leur environnement proche en vue de les connaître et de suivre annuellement leur évolution. Durant l’été 2000, cette association a étudié et recensé 44 glaciers sur l’ensemble de la chaîne. Le glacier de Barroude a été étudié durant l’été 2001. A cette date, sa surface est estimée à 5 ha et sa limite inférieure à 2370 mètres.

Un pincement au coeur en passant ici; le refuge de Barroude a été totalement détruit dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 octobre 2014 par un incendie.

Le refuge de Barroude en 2007 Ruines du refuge de Barroude - Hautes-Pyrénées

C’est déjà le moment de penser à redescendre. Nous revenons à la bifurcation des sentiers sur le bord du plateau et cette fois-ci nous prenons le sentier en descente, qui après quelques lacets, arrive au pied de la cascade. Le plus dur est derrière nous, il ne nous reste qu’à suivre le bon sentier qui descend dans la vallée de la Géla, pour rejoindre le parking au Plan d’Aragnouet.

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Pour aller plus loin, je vous propose de vous envoyer gratuitement, sur simple demande, la partie consacrée à Barroude de mon mémoire d’accompagnateur en montagne au format PDF.

Et vous ? Vous aimez Barroude ? Vous souhaitez rajouter des informations ? N’hésitez pas à laisser votre commentaire sur le formulaire en bas de page.

Informations pratiques

Situation: Hautes-Pyrénées / Vallée d’Aure
Accès: Départ de la station de ski de Piau-Engaly
Date: 17 août 2019
Altitude maximale: 2439 mètres à la Hourquette de Chermentas
Dénivelé cumulé: 1200 mètres
Itinéraire: Randonnée en traversée
Horaire: 6 H
Cartographie: Carte de randonnée 1748 ET / Néouvielle – Vallée d’Aure – Parc National des Pyrénées

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2 Comments

  1. Myriam
    Merci c’est une rando magnifique et vos photos le rendent bien.
    Merci aussi pour votre description et les documents joints!!!
    Pour ma part, c’est une émotion partagée : rando faite à 6 ans avec mon papa et ma maman en 1975 toujours dans ma tête et dans leurs têtes.
    Vous avez donc fait sourire et revivre à l’authentique : BRAVO et MERCI.
    Que la montagne est belle, respectons la et admirons la…
    1. Randos-Passion
      Merci de votre commentaire et je suis content de vous avoir rappelé de bons souvenirs. J’ai dû le faire pour la première fois à peu près au même âge que vous !

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